L’allergie sévère aux médicaments : attention aux neutrophiles et aux IgG

De Pr Sylvie Chollet-Martin

A côté du mécanisme bien connu des allergies lié aux basophiles, aux anticorps de nature IgE et à l’histamine, vient d’être mis en évidence chez l’homme un mécanisme faisant intervenir les neutrophiles qui, activés par des IgG spécifiques de l’allergène vont libérer des médiateurs toxiques comme le platelet activating factor (PAF) et participer aux réactions cliniques sévères.

 

L’anaphylaxie est une réaction allergique hyper-aiguë. Elle est le résultat d’une réaction immunitaire inappropriée suite à l’introduction dans l’organisme d’un antigène habituellement inoffensif. La fixation de cet antigène à des anticorps préexistants dans l'organisme déclenche la sécrétion massive de puissants médiateurs vasodilatateurs, ce qui provoque un état de choc, voire la mort.

L’anaphylaxie peut être induite par de nombreuses substances : les médicaments (antibiotiques, curares), les aliments, ou encore les venins d’insectes. L’étude récente décrite ici s’est concentrée sur les réactions allergiques aux curares, myorelaxants très utilisés durant les anesthésies générales. La fréquence d’apparition de choc anaphylactique aux curares est d’un cas pour 10 000 à 20 000 opérations, ce qui représente environ 3 à 5 chocs par semaine sur la région parisienne.

S’il était déjà connu que les anticorps IgE pouvaient déclencher l'anaphylaxie, des chercheurs de l’INSERM UMRS996 (équipe 2 dirigée par Marc Pallardy), en collaboration avec des équipes de l’Institut Pasteur, de l’AP-HP, du CNRS et de Sorbonne Université, ont montré dans une étude clinique que les anticorps IgG peuvent aussi être impliqués dans certains chocs anaphylactiques.

Cette étude multicentrique appelée « NASA » a suivi 86 patients ayant présenté un choc anaphylactique péri-opératoire et 86 témoins, dans 11 hôpitaux d’Ile-de-France sous la coordination à l’hôpital Bichat du Pr Sylvie Chollet-Martin (UFR de Pharmacie, Université Paris-Sud), immunologiste, et du Pr Dan Longrois, anesthésiste. Des prélèvements sanguins effectués au moment du choc anaphylactique au bloc opératoire ont permis d'identifier ce mécanisme alternatif, dépendant des IgG et des neutrophiles. Cette activation des neutrophiles était plus importante au cours des chocs sévères. L’implication de la voie IgG-neutrophiles était également évidente dans des chocs où le mécanisme classique IgE-dépendant était observé, suggérant que les IgG et les neutrophiles pourraient contribuer à la sévérité de la majorité des chocs, par un effet additif. De plus, ce mécanisme était observé de manière exclusive chez environ 20% des patients, permettant maintenant de faire un diagnostic chez ce type de patients et procéder à l’éviction du médicament incriminé. Les anticorps IgG connus pour leur rôle bénéfique dans la réponse anti-infectieuse peuvent donc aussi être des agresseurs au cours de l’anaphylaxie. L’avenir sera d’explorer expérimentalement comment bloquer cette nouvelle voie d’activation des anticorps IgG afin de proposer une solution thérapeutique ciblée.

An IgG-induced neutrophil activation pathway during human drug-induced anaphylaxis, Science Translational Medicine, 10 juillet 2019
Ces travaux ont été financés par les organismes impliqués dans le consortium, ainsi que par l’European Research Council (ERC – FP7 ; projet MyeloSHOCK).

 

 

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