Nanomédicaments, de la recherche à la clinique : les enjeux d’un nouveau défi

From Life Sciences UPSaclay

Les nanomédicaments représentent une classe d’agents thérapeutiques qui fait progressivement son entrée sur le marché. Avec la maturation d’un domaine jusque là essentiellement sujet à l’enthousiasme des chercheurs, de nouveaux défis apparaissent, en particulier concernant la préparation de lots cliniques validés. Ces nanovecteurs pharmaceutiques doivent-ils se plier aux mêmes contraintes que les médicaments traditionnels pour obtenir une autorisation de mise sur le marché ? Ou de nouvelles règles doivent-elles être appliquées ? Autant de questions dont dépend l’avenir de ces traitements prometteurs.

 

Dans une étude publiée dans la revue Journal of Controlled Release, l’équipe du Professeur Patrick Couvreur (Institut Galien Paris-Sud, CNRS/UPSud, Faculté de Pharmacie, Châtenay-Malabry) montre que le cheminement vers la préparation de lots de nanomédicaments à plus grande échelle et la recherche et l’identification d’impuretés constituent un important défi. En s’associant à un partenaire industriel (Holochem), les scientifiques ont pu synthétiser en grande quantité les bioconjugués utilisés dans la formulation de nanomédicaments à base de « Squalène-Adenosine » et ils ont comparé les nanoparticules ainsi obtenues en grande quantité (lot industriel) avec celles produites à l’échelle du laboratoire. Leurs résultats montrent que des variations minimes dans la composition des bioconjugués issus de la production industrielle induisent d’importantes modifications concernant les propriétés des nanoparticules en termes de structure, de toxicité et même d’identité biologique. Plus précisément, ils ont identifié la présence, en très faible quantité, d’une impureté responsable de la cytotoxicité des nanoparticules d’adénosine-squalène préparées en grande quantité, impuretés qui n’étaient pas observées lors d’une synthèse effectuée au niveau du laboratoire.  Comme les nanomédicaments pénètrent efficacement au cœur des cellules, les chercheurs se posent la question de savoir si les règles qui définissent les taux d’impuretés acceptables pour des médicaments traditionnels ne doivent pas être rendues plus sévères lorsqu’il s’agit de nanomédicaments qui se distribuent différemment au sein des cellules de l’organisme. Une étude de protéomique a d’ailleurs montré que de minimes quantités d’impuretés peuvent aussi fortement influencer la nature et la quantité des protéines plasmatiques qui s’adsorbent à la surface des nanoparticules lorsqu’elles sont administrées par voie intraveineuse. Or, la couronne des protéines qui recouvrent les nanoparticules après administration peut modifier le devenir de celles-ci dans l’organisme.

 

Ces travaux donnent une meilleure compréhension des enjeux de la production industrielle de nanoparticules, pour à terme, permettre leur mise sur le marché avec un maximum de sécurité pour les patients.

Contact : patrick.couvreur @ u-psud.fr